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bois symbiotique

Pelin Asa, Judith Marlen Dobler, Peter Fratzl, Jessica Farmer, Johannes Huber, Florent Jouy, Nuri Kang, Rahel Kesselring, Anna Kubelík, Karin Krauthausen, Inka Mai, Sakiko Noda, Stefan Neuhaüser, Julia Rhein, Robert Stock, Kerstin Wolff & Karola Dierichs - 02 février 2026

la langue originale de cet article est l'anglais

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à propos de la contribution

Bois symbiotique explore la diversité et l’imprévisibilité. Si les humains partagent le monde de la nature avec d’autres entités (vivantes et non vivantes), coexister avec les forêts et comprendre le bois n’équivaut pas à une simple cohabitation avec un matériau utile (Lemke 2019, Jaque 2021). L’épicéa est ici pour nous un exemple essentiel, car il est notamment commun aux scolytes et aux humains.

Le changement climatique, combiné aux monocultures, cause actuellement un accroissement des zones forestières affectées par les insectes et les champignons (Statistisches Bundesamt 2022, Bentz et al. 2022). La matière première récoltée dans ces zones est souvent dévalorisée économiquement. Les forêts sont à cet égard particulièrement exposées : en raison de leurs racines peu profondes, les épicéas sont incapables de s’adapter aux sols marqués par de fortes sécheresses (Puhe 2003, Netherer et al. 2014), tandis que la monoculture permet aux insectes de trouver facilement des hôtes et de se propager plus rapidement (Hlásny et al. 2019). Les forêts dont une vaste superficie est infestée par les scolytes sont défrichées prématurément pour empêcher les insectes de proliférer. Mais les arbres abattus sont souvent laissés sur place ou à l’extérieur, exposés aux conditions climatiques, faute de pouvoir être transportés, traités ou stockés en quantité parfois plus importante que prévu (Hömberg et Kubelik 2023). Différents organismes ou champignons lignivores peuvent alors y élire domicile, que l’on peut repérer aux dégâts et à la décoloration qu’ils causent en surface. Presque tout le bois concerné, transformé par les scieries locales, est aujourd’hui vendu à un prix en deçà de sa valeur. Dans la majorité des cas, la matière première est brûlée comme source d’énergie ou exploitée pour fabriquer des emballages. Bien que les taches dues aux scolytes et aux soient seulement esthétiques et ne changent pas les propriétés du bois si elles sont identifiées et traitées à temps (Clay et al. 2024, Hýsek et al. 2021), les stocks infectés sont considérés impropres à la vente.

Les monocultures d’épicéas ont été établies à l’origine afin de fournir du bois dont il est possible de prévoir entièrement la disponibilité et les caractéristiques à destination d’un usage humain. Parce qu’il s’agit d’une intervention non humaine de grande ampleur, l’action des scolytes rend l’exploitation du bois presque imprévisible, et cause de fait des problèmes économiques et logistiques. Il y a pourtant là un enseignement à tirer : dans nos environnements dégradés, il sera nécessaire de trouver de nouveaux modes de culture, de transformation et d’exploitation du bois. Apprendre à utiliser des stocks infestés incitera avec un peu de chance les communautés humaines à composer avec l’imprévisible dans la conception de produits du bois en fonction de l’existant. En effet, la prolifération des scolytes nous invite à imaginer des concepts de design situé pour nous adapter à la diversité et au manque de prévisibilité dus aux contaminations.

Bois symbiotique propose de revaloriser le bois pour le concevoir comme un matériau que nous co-utilisons avec d’autres espèces, un matériau peut-être éloigné de nos attentes, mais qui invite à penser de nouvelles formes de design destinées à des « mondes multi-espèces » (Tsing 2015). Notre équipe interdisciplinaire – science de la matière, histoire culturelle, design et fabrication artistique et numérique – en examine les conditions à travers une série d’images épistémiques donnant à voir la symbiose à l’œuvre grâce à trois calques articulés spatialement : la matière, la cognition et la création.

Calque 1 : matière. Le bois d’épicéa est présenté dans son écosystème, une forêt située à Feldbuch (Franconie), en Allemagne. La souche témoigne de « galeries » creusées par le scolyte (Ips typographus) et du bleuissement que celui-ci occasionne généralement.

Calque 2 : cognition. Le calque présente des connaissances fondamentales portant sur le bois attaqué par les scolytes et les champignons dans les champs de la science des matériaux et de l’histoire culturelle. Elles incluent les résultats issus des méthodes d’analyse par imagerie de l’Institut Max-Planck de recherche sur les colloïdes et interfaces, ainsi que des documents historiques sur les scolytes ayant jeté les bases de l’entomologie forestière appliquée. Ils sont associés à des œuvres contemporaines de Rahel Kesselring, centrées sur les pratiques artistiques portant sur les lieux, les habitats et les écosystèmes, et de Nuri Kang et Karin Krathausen, sur le caractère éphémère des mondes végétaux.

Calque 3 : création. Ce calque introduit des éléments issus d’approches mises en place dans les champs du design et de l’art pour utiliser le bois infesté par les scolytes et les champignons. Wood Kinship est une ethnographie menée dans le domaine du design (Dobler 2025) pour suivre les premières traces d’infestation d’une forêt d’épicéa. Figurent également les impressions réalisées par Anna Kubelík à partir des galeries creusées par les scolytes. S’y ajoutent des recherches en design sur les systèmes constructifs qui s’intéressent à la manière dont l’anisotropie matérielle et la fragilité supposée du bois attaqué par les scolytes et les champignons peuvent contribuer à l’élaboration d’une structure spatiale qui remplisse différents critères d’efficacité architecturale.

crédits

auteur·ices : Pelin Asa,1,7 Judith Dobler,5,7 Peter Fratzl,1,7 Jessica Farmer,7 Johannes A. J. Huber,3 Florent Jouy,6 Nuri Kang,5,7 Rahel Kesselring,2,7 Anna Kubelík,7 Karin Krauthausen,7 Inka Mai,4,7 Sakiko Noda,4 Stefan Neu-häuser,4 Julia Rhein,1,5 Robert Stock,2,7 Kerstin Wolff,4,7 Karola Dierichs1,5,7

1 Institut Max Planck de recherche sur les colloïdes et interfaces (MPIKG)

2 Université Humboldt de Berlin (HU)

3 Université technique de Luleå (LTU)

4 Université technique de Berlin (TU Berlin)

5 École d’art et de design de Weißensee à Berlin (KHB)

6 École supérieure de développement durable d’Eberswalde (HNEE)

7 Cluster d’excellence Matters of Activity (MoA)

crédits photos : voir iconographie et références infra

remerciements : les auteur·ices remercient pour leur soutien le cluster d’excellence »Matters of Activity. Image Space Material«  (MoA), financé par le Deutsche Forschungsgemeinschaft (DFG, Fondation allemande pour la recherche) dans le cadre de l’initiative d’excellence allemande – EXC 2025—390648296.

traduction : Marie Van Effenterre

relecture : Nolwenn Chauvin

droits et références

illustrations et références

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photos reproduits avec autorisation :

Pelin Asa, Bark Beetle Galleries on a Spruce Tree. Photo © Pelin Asa, cluster d’excellence »Matters of Activity«, Institut Max-Planck de recherche sur les colloïdes et interfaces.

Pelin Asa, Bark and Blue-Stained Wood from a Beetle-Infested Spruce Tree. Photo © Pelin Asa, cluster d’excellence  »Matters of Activity«, Institut Max-Planck de recherche sur les colloïdes et interfaces.

Pelin Asa, Topologically Interlocking Units from Beetle-Infested Spruce Wood. Photo © Pelin Asa, Cluster d’Excellence »Matters of Activity«  Institut Max Planck de recherche sur les colloïdes et interfaces.

Pelin Asa, Topologically Interlocking Units from Beetle-Infested Spruce Wood. Photo © Pelin Asa, cluster d’excellence »Matters of Activity« , Institut Max-Planck de recherche sur les colloïdes et interfaces.

Karola Dierichs, Offcuts from Beetle-Infested Spruce Trees. Blue-Stain in Offcuts from Beetle-Infested Spruce Trees. Photo © Karola Dierichs, cluster d’excellence »Matters of Activity«, École d’art et de design Weißensee à Berlin, Institut Max-Planck de recherche sur les colloïdes et interfaces.

Judith Marlen Dobler, Wood Kinship—Fieldwork in the Black Forest. Photo © Judith Marlen Dobler, cluster d’excellence »Matters of Activity«, École d’art et de design Weißensee à Berlin.

Nuri Kang, Fragmentary Time. Photo © Nuri Kang, cluster d’excellence »Matters of Activity«, École d’art et de design Weißensee à Berlin.

Rahel Kesselring, How to Hold Things. Photo © Rahel Kesselring, cluster d’excellence »Matters of Activity«.

Anna Kubelík, Wood Print on Paper with Beetle-Infested Wood. Photo © Anna Kubelík, cluster d’excellence »Matters of Activity«.

Julius Theodor Christian Ratzeburg, Die Forst-Insecten oder Abbildung und Beschreibung der in den Wäldern Preußens und der Nachbarstaaten als schädlich oder nützlich bekannt gewordenen Insecten: in systematischer Folge und mit besonderer Rücksicht auf die Vertilgung der Schädlichen. Berlin : Nicolai, 1839, Tafel XII, Tafel XV. Photo © Digitalisat der Staatsbibliothek zu Berlin.

Julia Rhein, A Collection of Veneers from Bark Beetle Wood. Photo © Julia Rhein

bibliographie et références

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Bentz, Barbara, E. Matthew Hansen, Marianne Davenport et David Soderberg. 2022. « Complexities in Predicting Mountain Pine Beetle and Spruce Beetle Response to Climate Change ». In Kamal Gandhi et Richard Hofstetter (dir.). Bark Beetle Management, Ecology, and Climate Change, 31-54. Amsterdam : Elsevier. https://doi.org/10.1016/B978-0-12-822145-7.00013-1.

Clay, Natalie A., J. D.Tang, C. M. Siegert, J. T. Thomason, N. Benedetto, D. Day, K. Pace, O. Leverón, R. W. Hofstetter et J. J. Riggins. 2024. « Decomposition of Bark Beetle-Attacked Trees after Mortality Varies Across Forests », Forest Ecology and Management, 553 : 121636. https://doi.org/10.1016/j.foreco.2023.121636.

Dobler, Judith Marlen. 2025. Wood Kinship—Round Table at the Symbiotic Wood Exhibition, More-than-Human Series. Berlin : Kunstgewerbemuseum.

Hlásny, Tomáš, Paal Krokene, Andrew Liebhold, Claire Montagné-Huck, Jörg Müller, Hua Qin, Kenneth Raffa, Mart-Jan Schelhaas, Rupert Seidl, Miroslav Svoboda et Heli Viiri. 2019. Living with Bark Beetles: Impacts, Outlook and Management Options. From Science to Policy 8. Joensuu, Finlande : European Forest Institute. https://doi.org/10.36333/fs08.

Hömberg, Florian et Gisela Kubelík. 2023. Entretien avec un sylviculteur et des propriétaires de forêts, Feldbuch.

Hýsek, Štěpán, Radim Löwe et Marek Turčáni. 2021. « What Happens to Wood after a Tree Is Attacked by a Bark Beetle? » Forests 12 (9) : 1163. https://doi.org/10.3390/f12091163.

Jaque, Andrés, Marina Otero Verzier et Lucia Pietroiusti (dir.). 2021. More-than-Human. Madrid : Office for Political Innovation.

Lemke, Thomas. 2019. « “More than Human”: Konturen eines posthumanistischen Konzepts der Biopolitik ». In Komplexe Dynamiken globaler und lokaler Entwicklungen. Verhandlungen des 39. Kongresses der Deutschen Gesellschaft für Soziologie in Göttingen 2018. Wiesbaden : Springer VS.

Netherer, Sigrid, Bradley Matthews, Klaus Katzensteiner, Elizabeth Blackwell, Peter Henschke, Peter Hietz, Johann Pennerstorfer, Stefan Rosner, Shigeru Kikuta, Harald Schume et Axel Schopf. 2015. « Do Water-Limiting Conditions Predispose Norway Spruce to Bark Beetle Attack? ». New Phytologist 205 (3) : 1128–1141. https://doi.org/10.1111/nph.13166.

Puhe, Joachim. 2003. « Growth and Development of the Root System of Norway Spruce (Picea abies) in Forest Stands—A Review ». Forest Ecology and Management 175 (1–3) : 253–273. https://doi.org/10.1016/S0378-1127(02)00134-2.

Ratzeburg, Julius Theodor Christian. 1837. Die Forst-Insecten oder Abbildung und Beschreibung der in den Wäldern Preussens und der Nachbarstaaten als schädlich oder nützlich bekannt gewordenen Insecten: In systematischer Folge und mit besonderer Rücksicht auf die Vertilgung der Schädlichen. Erster Theil: Die Käfer. Berlin : Nicolai.

Ratzeburg, Julius Theodor Christian. 1841. Die Waldverderber und ihre Feinde oder Beschreibung und Abbildung der schädlichsten Forstinsecten und der übrigen schädlichen Waldthiere. Berlin : Nicolai.

Statistisches Bundesamt. 2023. « Amount of Damaged Timber Logged Dropped to 44.7 Million Cubic Metres in 2022 ». En ligne : .

Tsing, Anna Lowenhaupt. 2015. The Mushroom at the End of the World: On the Possibility of Life in Capitalist Ruins. Princeton : Princeton University Press.

pour citer cet article

Cet article utilise le format Chicago pour ses références

Asa, Pelin et al. 2025. « Bois symbiotique ». Revue .able : https://doi.org/10.69564/able.fr.25027.symbioticwood

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